Un Salon International de l’Agriculture qui se finit, quelles retombées pour l’Aubrac ?

Accompagnement à la commercialisation en territoire rural

Un Salon International de l’Agriculture qui se finit, quelles retombées pour l’Aubrac ?

Un article de Midi Libre le mentionnait à juste titre cette semaine (le 5 mars 2018), l’édition 2018 du Salon International de l’Agriculture mettait à l’honneur l’Aubrac, au travers de son égérie Haute (une vache de race Aubrac), mais on peut se demander quelles seront les retombées pour ce splendide plateau à cheval entre Lozère, Aveyron et Cantal. Voici quelques réflexions menées avec Pierre-Louis, de l’Invitation au Voyage.

Dixit notre quotidien local :

Un événement qui a mis à l’honneur cette année, de belle façon, la race Aubrac, “bien ancrée dans son territoire”, comme l’ont fait remarquer à plusieurs reprises, ses représentants, éleveurs mais aussi acteurs du territoire (producteurs, promoteurs d’activités ou de tourisme) ont travaillé main dans la main, dans une coopération exemplaire pour assurer cette promotion dont le plateau devrait mesurer les retombées dans les mois qui viennent.

Quelles seront les retombées ? Augmentation des séjours et activités touristiques sur place ? Augmentation sur la capitale et ailleurs des achats de viande d’Aubrac et d’autres produits du territoire (le thé, les fromages) voire des territoires limitrophes (Causses, Cévennes, Ségala, Rouergue, Monts du Cantal, …) ? Difficile de dire aujourd’hui à combien et à quelles échéances les retombées se mesureront, ainsi que les formes qu’elles prendront…

A nos yeux, quelques enjeux se présentent néanmoins aujourd’hui, pour permettre au plus grand nombre de profiter de la magie de ce territoire rude mais si authentique, et de ses produits.

D’abord, si l’Aubrac est aujourd’hui un haut lieu de tourisme du fait du passage du Chemin de Compostelle et de la forte proportion de maisons secondaires, est-il prêt à recevoir d’autres formes de tourisme ?

Pierre-Louis le remarque bien. L’Aubrac est un marque, nationalement connue (et donc boostée par la mise en lumière du SIA), c’est une destination touristique à part entière, unique. MAIS, elle ne sait (ou ne veut) pas exploiter ce filon, c’est donc un vrai diamant brut :
– Pas de structuration de l’offre touristique, peu de propositions autour des loisirs et de la culture ;
– Très peu de lits marchands pour accueillir les clientèles ;
Néanmoins, un point d’orgue en saison (qui fait le lien avec la thématique agricole) : la transhumance. Le reste de l’année, les stations de ski du plateau, la station thermale de Chaudes Aigues et la beauté des paysages font le boulot… Il ne reste plus qu’à faire confiance aux acteurs du tourisme pour s’adapter rapidement si besoin est, et faire briller ce joyau comme il le mérite.

Mais la préoccupation est à l’avis de Robin davantage du côté des agriculteurs et plus particulièrement des producteurs fermiers.

La qualité gustative du territoire est à son image, authentique, sauvage, mais un peu austère de prime abord. Une fois truffades, aligots, pavés de bœuf et diverses charcuteries dégustés, le primo touriste saura-t’il facilement trouver les pépites de délicatesse que les touristes plus habitués ont su dénicher après quelques efforts ?

Ce qui m’amène à cet autre enjeu, l’accès à ses produits. On se rend compte qu’encore peu de filières commerciales amènent les produits sur Paris et autre part en Province. L’Aubrac reste une histoire d’initiés dans la majorité des cas. Un territoire poétique dont on aime à entendre le nom mais que l’on peine à connaître. Est-ce pour nous déplaire ? La rareté est aussi une forme de richesse, de qualité, quand on sait en tirer parti. On peut tout de même ici remarquer qu’un établissement a su jouer sur cette thématique et transformer l’essai : “Le Suquet” de Sébastien et Michel Bras, triplement étoilé depuis 1999, retiré du guide rouge à leur demande en 2018. Un cas d’école de la mise en valeur d’un territoire par ses produits. Cet exemple constitue-t-il une piste à explorer pour le positionnement marketing du territoire ? Sauvage, pure, authentique, précieux, haut de gamme. A une échelle moins haut de gamme, l’Auberge de la Tourre de Marchastel offre à ses tables une cuisine gourmande, fine et généreuse à base de produits locaux. Une autre piste…

Enfin, le boom initié par le salon pourra créer de nouvelles filières mais le territoire et ses acteurs sauront-ils éviter l’effet soufflet/de mode, et pérenniser ces nouveaux débouchés avant qu’un autre territoire soit promu l’année prochaine ? A eux de jouer… A eux et à tous les acteurs du territoire de rester dans cette dynamique de travail commun.

Nous ne pouvons finir cet article sans noter un espoir de structuration et de coordination de l’offre réside tout de même en la naissance du PNR Aubrac en 2018, qui coïncide avec la mise en lumière par le SIA. Pour rappel, les Parcs Naturels Régionaux sont des espaces de gouvernance collectif, viviers de compétences dans les domaines de l’environnement, de la culture, de l’aménagement, du tourisme, de l’agriculture… Espérons que leur mode de fonctionnement transversal permettra de faire émerger des projets cohérents et attractifs pour le territoire.

Des questions qui restent en suspens, mais vos bons serviteurs à Terra Cognita et l’Invitation au Voyage qui seront attentifs à leur trouver des réponses…

 

Bonus ///

Petit détour pour finir cet article, toujours basé sur une citation de l’article de Midi Libre : ” Bilan moyen en revanche pour les producteurs, notamment en raison de l’emplacement de l’espace Occitanie en fond de hall. ” Soit une groooosse erreur de merchandising, d’implantation des stands dans le hall pour les néophytes. En effet, quitte à mettre un territoire à l’honneur sur les affiches, pourquoi le reléguer au coin dans le hall ? La déception des producteurs est à la hauteur de l’importance de savoir organiser son hall/point de vente/stand de marché pour mettre le bon produit au bon endroit. Et ainsi améliorer l’expérience du client autant que la taille de son panier…

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